MELANIE AUFFRET

 

 

Roxane", la poule aux œufs d’or ? En tout cas, la Bretonne Mélanie Auffret a déjà commis l’exploit de séduire le producteur d’"Intouchables" pour son premier long-métrage. Une belle histoire de paysan fou de Cyrano de Bergerac qui met en scène ses poules pour sauver son élevage.

« Pool ! ». Pardon : « Action ». Et c’est parti pour la séquence 36. Elle n’a que 27 ans mais Mélanie Auffret n’a pas les pieds dans le même sabot. La jeune réalisatrice a l’œil sur tout, est partout, menant avec autorité - bienveillante et souriante - la petite troupe de techniciens qui s’active avec la fausse décontraction propre aux équipes de cinéma, dans un cadre de rêve : un élégant corps de ferme en granite, jouxtant les murs vénérables de l’abbaye de Coat Malouen, à Kerpert (Côtes-d'Armor).

 

 

« Elle connaît tout le monde, ici ! »

Dans ce décor à faire pâlir les réalisations en carton-pâte de la Warner à Hollywood, Mélanie Auffret est chez elle… Comme un coq en pâte. Originaire de Vannes, elle a passé toutes ses vacances à la ferme de ses grands-parents, à Corlay : « Je me suis nourrie de ce que j’ai vécu, des anecdotes, des personnages que je connais pour écrire cette histoire qui me tenait vraiment à cœur ». Une belle histoire d’homme, de passion, dans un monde agricole qui vacille, en peine mutation. Ce sont cette authenticité, cette sincérité qui ont séduit Quad, les producteurs d’Intouchables et de tous les films d’Olivier Nakache, mis en appétit par le premier court-métrage de Mélanie, « Sois heureuse ma poule ». « C’est incroyable, Mélanie connaît tout le monde ici. Ce n’est pas étonnant si son court-métrage était si vrai… Roxane ne pouvait que se tourner en Bretagne qui, de plus, est la première région d’élevage. Mais ce qui a vraiment conquis, c’est la qualité de cette histoire d’un homme qui a un secret et qui se retrouve obligé de le révéler au grand jour, quitte à en payer le prix… Une histoire universelle », souligne Foucauld Barré, coproducteur.

 

« Authentique »

Poésie, authenticité, force du récit… C’est aussi ce qui conquit, dès la première lecture du scénario, Guillaume de Tonquédec, qui interprète Raymond, le paysan poète qui déclame du Cyrano de Bergerac devant Roxane, sa poule favorite. Le comédien est, lui aussi, un peu chez lui, dans ce décor tellurique qui évoque les pierres ancestrales du château de ses ancêtres, à Tonquédec (22), près de Lannion. Mais cela ne suffisait pas. Le comédien a ainsi tenu à s’immerger dans le monde rural, travaillant à la ferme. Pas question, en effet, de jouer « le paysan à la parisienne ».

 

Un « régleur » pour les poules

Et les stars ? Une dizaine de poules se partagent le rôle de Roxane, avec, chacune, une fonction particulière. Ces dames sont « coachées » par Manu, de Fauna et Films. Dresseur ? Dompteur ? « Non, régleur. Mon rôle est de faire des réglages, c’est-à-dire de faire faire à des animaux ce qui semble naturel dans un contexte qui ne l’est pas du tout… En jouant de leur caractère, stimulant leurs aptitudes ». Ce qui n’est pas toujours évident car « parfois, on leur fait faire n’importe quoi pendant deux heures et ça ne marche plus. Le problème, c’est qu’on accepte d’un comédien qu’il ne soit pas juste tout le temps, mais pas d’un animal ».

 

Connivence à l’écran

En l’occurrence, du côté des humains, il ne devrait pas avoir de souci, côté « justesse de ton ». Léa Drucker fait en effet également partie de l’aventure, en tant que femme de Raymond. « J’ai la chance d’être entourée de comédiens merveilleux et bienveillants », confie Mélanie. « Eux aussi sont authentiques ; ils se connaissent depuis 20 ans. Ils dégagent une connivence, une alchimie qui éclate à l’écran ». De cette savante alchimie qui fait le succès d’un film. Tous les éléments sont, en tout cas, réunis pour que Mélanie Auffret fasse bientôt partie des « intouchables ».

 

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